L’Equipage Plisson - Menelec - Aubert et Houellebecq en K2

16/12/2014

L’Equipage Plisson - Menelec - Aubert et Houellebecq en K2

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Jean-Louis n’est, semble-t-il, pas fan des basses fréquences. Nous on l’est de sa musique, et l’écouter avec un grave qui tape et descend est un vrai plaisir. Parti en tournée avec un show mêlant Houellebecq et Téléphone, il a tiré son épingle du jeu en interprétant des titres tout en finesse et en patate, le challenge rêvé pour l’équipage Plisson & Max Menelec motorisé en K2.

Gros’n'roll à Mériadeck
C’est à Bordeaux que nous fixons le rendez-vous de ce reportage, dans une salle difficile à faire sonner : Mériadeck.

Un rapide coup d’œil circulaire dans la patinoire laisse augurer d’un rendu meilleur que d’habitude. La jauge réduite a permis de fermer le haut des gradins latéraux et les deux pointes de l’étoile à l’aide de lourds pendrillons.

Le système consiste par côté en 10 K2 en principal, 5 Kara en downfill, deux stacks de 3 SB28 en montage cardio avec posées dessus, 3 Kara en sidefill, une dernière en infill et enfin 6 Xt8 pour le lip.

Comme les balances battent leur plein, on en profite pour faire notre habituelle balade dans le « bois » sans public, une promenade qui se révèle très agréable, le calage temporel est bon.

En montant dans les tribunes on passe de boîte en boîte « seamlessly » comme ils disent là-bas (si vous avez le mot français je suis preneur. En un seul mot hein ? Pas de triche ! NDR).

Et même tout en haut du gradin érigé face à la scène et dans le sens de la piste de patinage, le son reste super propre avec peut être le raccord de l’ensemble qui marque un peu le pas lorsqu’on se place de telle sorte à avoir les side, le main et un peu de front. Et encore.

Juste un détail attire mon attention une fois redescendu au pied de la scène. Le montage des subs en double stack cardioïde a tendance à pousser le grave assez loin en dégageant bien la scène. Du coup, le centre de la fosse me semble un peu dégarni en bas du spectre.

Trop pour que le montage des subs ne soit seul à l’origine de ce léger manque. Quelques pas jusqu’à se mettre dans l’axe des K2 ou dans le lobe des SB28, et tout rentre immédiatement dans l’ordre. La réponse de Max est on ne peut plus claire.

Maxime Max Menelec (Ingé système) : Le K2 ne recouvre pas trop avec le Kara, et comme ce dernier ne descend pas beaucoup et n’a pas l’impact et le volume dans le bas qu’a le K2, la fosse est un peu dégarnie.

D’autre part, pour raccorder les deux, je suis obligé d’être en “Kara down K1” afin d’avoir la même phase et ce preset coupe les Kara assez haut, aux environs de 100 Hz. C’est ce qui te donne cette impression.

N’oublie pas aussi que dans la fosse se mélangent les bas médiums des K2 et des Kara qui, vu la distance de trajet différente, deviennent interférents.

SLU : Eh oui, le son ce n’est que compromis ! Tu n’as pas mis grand-chose pour tes latéraux !

Maxime Max Menelec : On n’est parti qu’avec un “Main” de 10 K2 par côté et on a pris le parti de faire des douches pour bien couvrir le centre, ce qui ne permet pas de monter des lignes de “outfills”.

Nous sonorisons des salles de 3000 personnes environ, dont beaucoup de théâtres au cours de cette tournée. On a donc largement ce qu’il faut. Comme ce soir nous avons un “petit” Mériadeck, ça marche très bien avec juste 3 Kara par côté posées sur les subs en guise de Outfill, d’autant que les K2 ouvrent bien.

SLU : Tes Downfill sont en stéréo inversée ?

Maxime Max Menelec :  Non, en gauche droite dans le même sens que le système donc GG et DD. Les 8Xt des premiers rangs sont en sommation GD.

Tout au bout du passage, on devine la régie placée à la base de la tribune érigée devant la scène, un piège à basses qui ont la fâcheuse tendance à venir s’y lover au lieu de monter.
Tout au bout du passage, on devine la régie placée à la base de la tribune érigée devant la scène, un piège à basses qui ont la fâcheuse tendance à venir s’y lover au lieu de monter.

SLU : C’est bien le K2 pour ce type de jauge ?

Maxime Max Menelec : Ahh complètement. J’arrive à accrocher partout ! La boîte ne fait que 56 kg. Tu accroches sur un seul point sans problème, tu fermes les angles horizontaux au gré de tes besoins entre 110 et 70° avec une simplicité juste top. Pour moi le K2 est aujourd’hui vraiment une des boîtes les plus polyvalentes. C’est tout petit et ça sort un boulet de ouf. J’ai même atténué un peu les boîtes du bas.

SLU : Le raccord avec le SB28 est bon ?

Maxime Max Menelec :  Franchement oui. Le K2 descend à 40 Hz et a largement de quoi raccorder avec le SB28 qui monte à 60 Hz. Je n’ai pas eu l’occasion d’écouter ni d’essayer la version “luxe” qui comporte aussi quelques K1-sub sur la ligne. Nous sommes déjà heureux d’être partis avec ce kit ! Cela étant, j’ai un peu modifié le filtrage. Je n’ai pas pris le preset cardio mais le « SB60 » que j’ai adapté. Le preset fabricant est optimisé polairement pour l’avant. Comme il fallait surtout que je dégage le plateau, j’ai accepté de perdre un tout petit peu à l’avant pour bien dégager à l’arrière.

SLU : Est-ce toi Stéphane qui a choisi de partir en K2 ?

Stéphane Plisson : Oui absolument. Je trouve cette enceinte très, très bien et je l’ai spécifiée sur The Voice, Danse avec les Stars ou Stars 80. La directivité variable, la dynamique, l’aigu qui sort tout seul : cette boîte est super homogène. On a du son partout. A chaque fois que j’ouvre, je suis étonné par son naturel. J’ouvre un piano, c’est un piano. J’ouvre une guitare, c’est une guitare. Dans la couleur de son, elle est “normale”.

SLU : Le grave ?

Stéphane Plisson : Il est bien sec. Je préfère ce type de grave à celui baveux qui descend des tonnes et qu’il faut calmer partout, ce qui limite la dynamique dans les boîtes. J’aime aussi le fait que le K2 puisse atteindre les 40 Hz car ça amène une homogénéité dans le grave partout dans la salle. D’accord les goûts et les couleurs ça ne se discute pas trop, mais ce qui est certain c’est que j’aime ce que j’entends, surtout quand c’est bien calé. J’insiste sur ce point car avec de bons caleurs et monteurs, les boîtes fonctionnent toutes seules. En revanche, si tu prends les trucs à l’envers, ça peut être la meilleure boîte du monde, tu te retrouves avec un tas de m£&#€. Déjà quand la phase est bonne…

Clapton est de Retour!
SLU :
As-tu joué aujourd’hui ton morceau fétiche (rires)

Stéphane Plisson : Broken hearted de Clapton ? Toujours. Il fatigue tout le monde. Il faut que j’en trouve un autre. Je suis tombé sur cet album Pilgrim, et depuis il me suit partout. En quelques notes et sans même jouer fort, je sais si la phase est bonne. Quand la première note basse ne sort pas, il y a un souci de phase.

SLU : Vous avez opté pour un contour de combien ?

Maxime Max Menelec : 18 dB en tout avec le sub.

Stéphane Plisson : Tu vois ? Je me soigne ! J’ai trouvé une pilule qui me fait baisser le bas du spectre (rires ) !

SLU : Questions effets, tu utilises quoi sur cette tournée ?

Stéphane Plisson : J’ai mes deux racks que je qualifierais d’habituels avec la 960 Lexicon et ses quatre machines, le VoiceLive de tc, l’Eclipse Eventide et le Line6 pour mes délais, le reste je le gère sur la console.

Pour faire avancer mes effets, j’envoie un program change au Mainstage, et c’est ce dernier qui distribue l’ordre à toutes mes machines. C’est un patch MIDI. Rien que la 960 demande 16 commandes entre chaque titre, autant te dire que c’est indispensable en tout cas sur toute la première partie du show dédiée à Houellebecq où je modifie finement mes effets. Après j’ai une mémoire dite Jam Session sur cette même réverbe car Jean-Louis choisit ses titres très librement.

SLU : Quel micro as-tu choisi pour lui ?

Stéphane Plisson : Une liaison 5000 Sennheiser avec une tête 5005 statique supercardioïde.

SLU : Elle a l’air d’avoir été récurée la voix de Houellebecq…

Stéphane Plisson : Elle a surtout été perchée lors du tournage et elle est jouée par un média serveur. Ce n’est pas l’idéal, et puis il faut avouer que Michel n’articule pas très bien.

En revanche j’ai beaucoup de plaisir à mixer cette partie plus intimiste du show, il y a plein de matière à travailler. Entre cuivres, cordes, guitares acoustiques, on a du monde sur scène. Les textes aussi sont bien mis en valeur par les compos de Jean-Louis.

SLU : En termes de calage et de gestion de la diff, êtes-vous satisfaits des outils à votre disposition ?

Maxime Max Menelec : Soundvision est très précis et te permet de gagner en homogénéité. Je prends toujours beaucoup de temps le matin pour le shoot car c’est à mon avis la base d’une bonne installation et d’un bon rendu.

SLU : Une journée type ?

Maxime Max Menelec : On se lève vers 7:15 avec Didier (Golvin, monteur système émérite et allergique aux appareils photo NDR). Les riggers commencent à 6:30 et à partir de 7 heures, le déchargement commence. On a deux semi bien pleins.

Quand on arrive en salle à 7:30 on peut boire notre café et, me concernant, je commence à prendre mes cotes au laser avant de lancer mon shoot. A l’heure du déjeuner tout est en l’air et tout fonctionne.
A partir de 13 heures, tout le monde quitte la salle et je peux dégrossir au sweep et travailler avec mon bruit rose. Je fais en sorte de pas trop faire de bruit.

Didier Golvin : Si tu en fais !

Maxime Max Menelec : Naaaaan, ce n’est pas vrai ! Je fais en plus en sorte de ne pas ouvrir les aigus. Je me cantonne aux subs, grave et médium pour mon bruit “rause” (rire général !)

SLU : Bon, à la fois on est à Bordeaux, ici le « o » on commence à le prononcer un peu « au ».

Maxime Max Menelec : Et je suis de Périgueux !

Les particules élémentaires du son revues par VLAD
SLU :
Tu m’as dit te servir des outils L-Acoustics pour caler et gérer ta diff. A quoi sert le Lake que je vois dans ton rack ?

Maxime Max Menelec : On va reprendre depuis le début. Vlad (imir Coulibre, ingé système, ingé son FOH et paire d’oreilles en béton NDR) a discuté cet été avec Steph et lui a conseillé d’écouter le système avec les seuls contrôleurs amplifiés insérés sur le trajet du signal.
Pour cette tournée j’avais préparé mon réseau et ma config habituelle avec le Lake LP4D12 qui est dans une des panières près du stage rack et le tout en AES/EBU. Lors de la prépa d’Aubert à Longjumeau, on a testé ce que Vlad nous a conseillé en attaquant les LA8 directement en AES. On a retrouvé une précision dans le grave, un premier plan plus défini et une présence dans le son vraiment notable.

SLU : Je dirais que vous avez découvert que moins on en met, mieux c’est (rires) !

Maxime Max Menelec : D’une certaine manière, oui. Du coup on commande les LA8 avec le LA Network Manager qui existe depuis longtemps, ce qui fait que je me retrouve avec 8 points d’EQ dans le système et trois plateaux FIR dans l’aigu. Le gros avantage est que je pilote le tout depuis une tablette avec notamment les outils de contour et de zoom factor. Ca suffit largement pour travailler le bas et la balance tonale. Les huit points d’EQ s’avèrent suffisants dans la plupart des cas. Quelques salles sont plus complexes mais il suffit de chercher un peu, déplacer quelques points, et on finit toujours par s’en sortir. Le jeu en vaut la chandelle car je taille bien moins de choses dans le grave qui du coup est bien plus propre.

SLU : Le trop est donc l’ennemi du bien !

Maxime Max Menelec : (rires) ! En tout cas pour ce kit, j’ai largement de quoi faire avec les ressources du LA8.

SLU : D’autres marques comme db avec leur D80 offrent largement plus.

Maxime Max Menelec : Oui j’ai vu ça quand on a été accueillis au Chatelet. Les LA4X disposent de plus de ressources, peut être allons-nous avoir un LA8X…

SLU : Non tu crois ? (rires ) !

Maxime Max Menelec : On verra. En attendant je travaille très bien avec ce que j’ai. Je manque peut-être d’un poil de réactivité pour le moment si je dois faire un point d’EQ vite fait durant le show, mais je n’ai pas pour autant le souvenir d’une galère depuis que nous sommes partis.

C’est vrai que je ne connais pas bien les autres systèmes, mais le K2 nous botte vraiment. L’aigu est très beau d’autant que nous sortons de la Midas en AES 96 KHz et rentrons en AES en 96 dans les contrôleurs. On utilise l’horloge de la table. On a fait des essais avec Steph lors de la prépa de Foresti avec des horloges externes mais nous n’avons pas été plus loin. C’est très stable et très bien comme ça.

SLU : Tu nous montres tes panières d’amplis ?

Maxime Max Menelec : J’ai un multi qui me ramène mes paires en analogique, la fibre et la 32A mono pour l’alimentation de la régie façade. La fibre est connectée à un switch SSE/Melpomen qui accepte de l’Ethersound, du Dante, la commande du manager et un Aux. Je passe la commande du Lake et la commande du LA Manager.

L’AES/EBU pour les contrôleurs est délivré directement par le Stage Rack de la Midas de Stéphane qui est juste à côté. Le Lake reçoit deux signaux de secours, un analogique de Steph et un second en provenance de la SD7 des retours de Juju (Julien Vouillon ingé son retours NDR). Au cas où.

De toute manière, on n’a jamais eu le moindre pépin avec l’AES. Le trajet est super court et Stéphane qui est en charge de la régie et du câblage a acheté des cordons AES blindés gros comme ça (rires ) ! Tiens, je profite de SLU pour passer un coucou à…

SLU : Regarde la caméra !

Maxime Max Menelec : Un coucou donc à Axel Vivini et Alex L’y ;0)

SLU : Allez une dernière question. Je vois pas mal de logos sur le matos. Qui fait quoi ?

Maxime Max Menelec : Dushow fait la lumière, le rigging et la vidéo au travers d’Alabama. Melpomen a la diffusion et les retours avec une SD7 DiGiCo. Stéphane fournit la régie face, le multi, la fibre et la Pro9 Midas. Melpomen dispose d’un parc très complet d’enceintes L-Acoustics avec notamment de super panières d’amplis très bien fichues avec tout en face avant, bien fermé, super propres et faciles à travailler.

De la Mano à Julio, de Jojo à Calo
Steph Plisson a à peu près tout mixé, de la Mano à Julio et de JoJo à Calo. Croyez-moi si vous le voulez, il n’est jamais aussi bon que quand il y a un bass/batt d’enfer et de bonnes grattes. Sans en faire des tonnes, ou enfiler des plugs comme des perles, il démoule un son où l’équilibre et la patate se tirent méchamment la bourre. La vieille Ludwig sonne d’enfer avec une caisse claire grosse et claquante, bien étêtée par de la super compression en rack. Le pied repris par un D6 Audix n’est pas en reste avec rien de moins qu’un BAE 10DC pour le mettre en forme, un API 2500 pour lui donner la couleur du reste de la batterie et enfin le Phoenix sur les généraux pour finir de le sublimer, et le tout sans lui ôter sa précision.

Un autre élément qui mérite les compliments est la charley. Sèche, attaquant bien dans le médium et admirablement bien jouée par le batteur, elle entraine derrière elle tout le monde. Une charley pas variétoche pour deux ronds ! Le son des images de Houellebecq peine un peu à trouver sa place, non pas à cause d’un mix défaillant, mais d’un nettoyage poussé rendu sans doute nécessaire par la captation, un nettoyage qui laisse des phonèmes trop appauvris et renfermés sur eux-mêmes pour les rendre toujours parfaitement intelligibles.
La voix de Jean-Louis en revanche est très belle. La compréhension des paroles, essentielle au projet, déjà très bonne à salle vide, s’améliore encore avec le public. Le grain est de toute beauté avec une finesse cristalline qui ne met pas en avant les sifflantes et ne creuse pas le haut médium.

Cette voix sort de manière fluide et aussi bien dans les parties douces comme lors de titres plus enlevés. Ne parlons pas non plus de la basse qui, doigt ou encore plus médiator, envoie des décharges que la légèreté des 12 pouces des K2 reproduit parfaitement.

Ajoutez-y un Jean-Louis Aubert capable de captiver avec un projet ambitieux et délicieusement mis en musique mais aussi de lâcher les chevaux pour des galopades Téléphoniques plus vraies que nature, et vous avez un cocktail détonnant.

A plusieurs reprises au cours de la soirée je me suis dit que j’aurais adoré entendre aussi bien Téléphone car, sans faire injure aux techniciens et au matériel d’époque, on atteint de nos jours une qualité stupéfiante y compris dans une salle exigeante comme Meriadeck, même en jauge réduite.

Je suis certain que même le pauvre chapiteau de Balard (attention, séquence nostalgie et pompes crottées NDR) où l’on empilait du bois par stères entiers aurait fière allure avec des systèmes aussi précis et dynamiques. Non Maxime, ne cherche même pas à comprendre, tu n’étais carrément pas né ;0)

2018-01-30T11:52:21+00:00